Global Unions

Les travailleurs/euses de l’hôtel Pearl Continental mènent leur longue lutte pour la Justice jusqu’à Genève.

Les travailleurs/euses de l'hôtel Pearl Continental mènent leur longue lutte pour la Justice jusqu'à Genève.

M. Ghulam Mehboob, secrétaire général du Pearl Continental Hotel Workers’ Union, après avoir éprouvé beaucoup de difficulté à obtenir son visa, a dû annuler sa visite à Genève à la dernière minute, son épouse étant gravement malade.

Ghulam devait prendre la parole aujourd’hui devant la Conférence internationale du travail, qui réunit 3 000 délégués/es représentant les gouvernements, les organisations d’employeurs et les organisations syndicales, au nom de sa fédération syndicale internationale, l’UITA. Son allocution a donc été lue en son nom par Ron Oswald, secrétaire général de l’UITA. En voici le texte :

Discours de Ghulam Mehboob devant la séance plénière de la CIT – 3 juin 2008

«Bonjour, mon nom est Ghulam Mehboob et je suis le secrétaire général du Pearl Continental Hotel Workers’ Union de Karachi, au Pakistan. Je suis honoré de prendre la parole devant vous aujourd’hui, parce que j’ai un message important à vous présenter au nom de nos membres et de nos militants. Mais je désire d’abord remercier l’UITA et les organisations syndicales du monde entier qui nous appuient et qui ont fait en sorte que je puisse être ici aujourd’hui.

PC campaign torch rally, 30 April 2005. The banner reads: "We Salute Chicago May Day Victims - The workers of the Pearl Continental Hotel will continue the struggle until the last breath." {JPEG}

Mon histoire ne m’appartient pas – c’est aussi celle de centaines de travailleurs/euses de l’hôtellerie, de leurs familles et de tous ceux et celles qui nous ont appuyés/es et qui nous ont transmis leur courage. C’est une histoire de lutte et d’espoir. Elle commence il y a sept ans, en 2001, avec la baisse du taux d’occupation qui a suivi les événements du 11 septembre. La direction de notre hôtel, un luxueux établissement cinq étoiles où le coût moyen des chambres équivaut à environ deux mois du salaire de base, a décrété le renvoi de la totalité des 350 employés/es occasionnels et temporaires. Bon nombre de ces travailleurs/euses "temporaires", qui ne reçoivent que le salaire minimum et n’ont pas droit aux avantages sociaux, occupaient leurs postes depuis plus de cinq ans.

PC campaign torch rally 30 April 2007 lead by women workers {JPEG}

Le syndicat a demandé des négociations – un droit fondamental inscrit dans les conventions de l’OIT. Mais la direction a simplement renvoyé les travailleurs/euses dits temporaires, qui ont été informés/es de leur renvoi par un article dans les journaux. Plus de 40 employés/es permanents/tes, dont des membres de la direction du syndicat, ont ensuite été licenciés/es pour avoir tenté de défendre les droits des travailleurs/euses occasionnels /les.

La direction s’est ensuite lancée dans une attaque tous azimuts contre l’existence même du syndicat et contre le bien-être physique et la sécurité de nos membres et de nos dirigeants/tes. En 2002, la direction a fait en sorte que les dirigeants/tes du syndicat fassent l’objet de fausses accusations criminelles. Je suis l’un des trois dirigeants syndicaux qui ont passé plus de deux mois en prison sans qu’un seul élément de preuve ne soit jamais produit. Nous avons ensuite été licenciés pour absentéisme! Deux autres dirigeants syndicaux ont été mis en congé forcé de durée indéterminée.

En juillet 2002, deux dirigeants syndicaux ont été arbitrairement arrêtés et emmenés au poste de police, où on dit qu’ils ont été battus en présence de membres de la direction de l’hôtel. La direction a aboli le précompte syndical, tenté de faire annuler la reconnaissance du syndicat et favorisé la mise en place d’un syndicat d’entreprise, le tout contrairement, encore une fois, aux conventions fondamentales de l’OIT.

La direction a utilisé les menaces, la violence policière, la détention arbitraire et la menace de licenciement pour intimider les employés/es et les inciter à abandonner leur syndicat. Toutes ces mesures ont échoué ont n’ont pas affaibli le soutien des employés/es de l’hôtel Pearl Continental envers leur syndicat. Des gagne-pain ont été détruits, des enfants retirés de l’école parce que leurs parents ne pouvaient pas payer les frais d’étude, des vies familiales ont été perturbées, mais les travailleurs/euses continuent de soutenir le syndicat, et ce soutien s’est étendu à travers le mouvement syndical et la société civile démocratique du Pakistan. À l’heure actuelle, le conflit à l’hôtel Pearl Continental de Karachi est le conflit de travail le plus ancien et le plus visible au Pakistan.

Par l’entremise de l’UITA, une plainte a été déposée contre le gouvernement du Pakistan devant le Comité de la liberté syndicale de l’OIT. En juin 2003, le comité a conclu que la direction de l’hôtel et les autorités locales avaient commis de graves violations des droits syndicaux. Le comité a demandé au gouvernement de mener une enquête approfondie sur les incidents de détention par la police, de violence et de harcèlement envers les membres du syndicat et de rendre compte à l’OIT. Le comité a demandé avec instance aux autorités pertinentes de faire en sorte que les travailleurs/euses licenciés/es en violation de leurs droits fondamentaux soient réintégrés/es dans leurs postes.

Ghulam Mehboob, when held in jail on false charges for three months from January to March 2002. {JPEG}

Le gouvernement a répondu par… le silence, un silence honteux qui se poursuit encore aujourd’hui. Aucune enquête, aucune réintégration, aucun rapport. Rien. Pendant ce temps, la politique d’agression se poursuit à l’hôtel.

Pour défendre leurs emplois, leur moyen de subsistance et surtout leur dignité humaine, les travailleurs/euses de l’hôtel Pearl Continental de Karachi n’ont pas d’autre choix que de poursuivre leur lutte pour défendre leurs droits syndicaux fondamentaux. Par contre, les propriétaires et les gestionnaires de l’hôtel, le gouvernement du Pakistan et les représentants/tes des autres employeurs et des autres gouvernements présents ici aujourd’hui ont un choix clair. Vous pouvez maintenir le silence, ou vous pouvez parler et demander que des mesures soient prises.

Les résultats de l’élection tenue récemment au Pakistan constituent l’expression massive d’une volonté de changement, de soutien à un Pakistan démocratique dans lequel tous/tes les citoyens/nes sont égaux devant la loi. Une intervention par le gouvernement pour corriger la situation qui prévaut à l’hôtel Pearl Continental montrerait clairement que le changement démocratique est réel et n’est pas uniquement un slogan électoral vide de sens. Le président de la Fédération des employeurs du Pakistan est aussi l’un des co-présidents de cette conférence – quelle meilleure occasion pourrait-on trouver pour manifester un véritable engagement à mettre en œuvre la décision rendue par l’OIT en 2003?

De nombreux gouvernements représentés dans cette salle ont des liens importants avec le Pakistan – des liens commerciaux, financiers et culturels autant que diplomatiques. Vous faites partie des invités que nous accueillons et servons à l’hôtel. Vous aussi avez la responsabilité d’exprimer votre soutien à la cause de la démocratie au Pakistan en demandant instamment, par toutes les voies possibles, une intervention gouvernementale responsable pour dénouer ce conflit. Tous les employeurs, où qu’ils soient, devraient se sentir concernés par la situation. L’alternative à la règle de droit, y compris le droit international, est l’arbitraire et la corruption, et nous savons tous et toutes où cela mène. Lorsque les conventions et les décisions de l’OIT sont violées et ignorées, nous sommes tous et toutes tenus/es d’agir, parce qu’il en va de la crédibilité de l’OIT. Cette crédibilité est d’autant plus menacée que cette année marque le 60e anniversaire de l’adoption de la Convention sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical.

9 December 2006, 5,000 people rally at the "Walk for Justice" organised by the Pearl Continental Solidarity Committee—one of the largest labour rallies in the last 20 years in Karachi. {JPEG}

Nos demandes sont simples et appellent des solutions simples : reconnaître notre syndicat, réintégrer les membres et les dirigeants licenciés, mettre fin au harcèlement et à l’intimidation envers nos membres et les personnes qui nous appuient et entreprendre le processus de négociation. Cela ne peut être que bénéfique aux deux parties.

Je vous remercie de votre attention.»

La décision du Comité de la liberté syndicale de l’OIT que mentionne M. Ghulam Mehboob dans son allocution est disponible sous : http://www.ilo.org/public/french/standards/relm/gb/docs/gb287/pdf/gb-8-part1.pdf.

Bien que la lutte des travailleurs/euses déterminés/es de l’hôtel Pearl Continental soit le conflit le plus actif et reste solide après toutes ces années, ce n’est pas, et de loin, le seul cas de violation des droits syndicaux dans ce pays. En novembre 2007, au nom de la Confédération syndicale internationale (CSI), de la Commission Syndicale Consultative auprès de l’OCDE (TUAC) et de l’ensemble des fédérations syndicales mondiales, le président et le secrétaire des Global Unions ont écrit au président pakistanais H.E. Pervez Musharraf pour lui demander instamment que le Pakistan respecte les engagements internationaux pris par le Pakistan lorsqu’il a ratifié la Convention No 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical.

La reconnaissance des travailleurs/euses de l’hôtel Pearl Continental et la solidarité avec leur lutte vont croissant; leur lutte est devenue le symbole du mépris envers les droits des travailleurs/euses au Pakistan. Les syndicalistes et les autres personnes de bonne foi sont invités à augmenter leurs efforts.

Ce que vous pouvez faire pour appuyer les courageux/euses travailleurs/euses de l’hôtel Pearl Continental

  • Appeler vos gouvernements à soulever la question avec le gouvernement du Pakistan chaque fois que c’est possible et dans toutes les enceintes, en particulier en contactant ses ambassades dans vos pays.
  • Informer les agences de voyage de votre pays dont vous utilisez les services ou avec qui vous avez des contacts afin de les inciter à faire les réservations ailleurs pour des chambres ou des événements.
  • Appeler tous les organismes gouvernementaux/internationaux auquel participe votre gouvernement et qui tiennent des rencontres au Pakistan à les tenir dans d’autres établissements.
  • Faire connaître le conflit comme une exemple remarquable de ténacité et de solidarité des travailleurs/euses.
  • organiser des rencontres avec les missions diplomatiques du Pakistan dans votre pays pour appeler le gouvernement à tout faire en son pouvoir pour obtenir le règlement du conflit.
  • organiser des manifestations devant les missions diplomatiques afin d’exiger une action.
  • Faire parvenir des messages de protestations à Hashwani Coporation et au gouvernement du Pakistan pour les inciter à favoriser le règlement de ce conflit. Les messages doivent être envoyés aux adresses suivantes (avec copie à l’UITA s’il vous plaît) :

Employeur

Mr. Sadruddin Hashwani, Chairman Pakistan Services Ltd.
Pearl Continental Hotel Karachi
Fax: +92 (21) 568-1835, 568-2655
Email: pchk@hashoogroup.com

Gouvernement

Mr. Syed Khursheed Shah
Minister of Labour, Manpower & Overseas Pakistanis
Fax: 92 51 9206283